J’ai toujours été excessive. Tapez le mot excessivité, vous y trouverez mon prénom associé. C’est une qualité parfois: je ne fais jamais rien à moitié. Mais lorsque la subtile ligne est franchie, il est difficile de retraverser du côté sain… Il y a quelques années, j’avais une petite entreprise. Avec le recul, j’en suis fière et je sais que j’étais rendue relativement loin. Mais lorsque j’étais « dedans », ce n’étais jamais assez! Pas assez de production, pas assez de profits, pas assez de boutiques, pas assez de temps… En tant qu’excessive, j’ai réussi à transférer ce trait de caractère à mes défis et ambitions sportives! Rien d’étonnant dans ce constat direz-vous. Mais j’ai mis beaucoup de temps à le comprendre.

J’ai lu plein d’articles sur la performance, le sport, la motivation, le succès… Malgré toutes ces lectures, le message central relié au plaisir ne passait pas. Moi, j’entendais bien performer et bien performer partout! Partout, dans tout, pour tout… Je souhaitais atteindre le nirvana de la flexibilité pour exceller au yoga, soulever la même charge que les haltérophiles pour muscler mon corps et surtout, atteindre la vitesse Surin à la course, question de prouver ma valeur. Oh… Que de déceptions au rendez-vous!

Ariane Moffat chante « Je veux tout, toi et les autres aussi ». J’y trouve de grandes ramifications jusque vers mes ambitions démesurées. L’objectif doit être réaliste, atteignable, mesurable. Rien de tout cela dans les miens! Je voulais tout, tout simplement.

À grands coups de déceptions, je me suis souvenue de toutes mes lectures, mes discussions avec le coach au gym, avec mon conjoint… Et puis j’ai saisi. J’en demandais trop à mon corps, dans trop de différentes directions, dans trop d’ambitions, sans écouter ce que je suis et ce que j’aime vraiment. Pour me définir, à part le mot « excès », j’utiliserais aussi le mot « hédonisme ». Mais où diable était passé le plaisir dans mes entraînements? J’avais réussi à passer outre, par excessivité. N’est-ce pas ce qui serait convenu d’appeler un comble? … En y réfléchissant bien, tout cela me ressemble totalement! L’excès avait simplement encore frappé!

La vie a toujours été relativement facile pour moi. L’école est faite pour moi, j’apprends vite et bien. Au secondaire, au Cegep, à l’Université, je réussis bien dans presque toute les matières et je ne rencontre que très peu d’embuches. Tout devrait toujours se passer ainsi partout, non? Hummm… Non. Dans une grande réussite, j’ai récemment vécu mon plus grand échec professionnel. J’ai réussi à me tailler une place au gouvernement, pour aller aider les « Grands penseurs » à repenser l’école du Québec, milieu dans lequel je travaille depuis plus de 15 ans. C’était un rêve éveillé pour moi. Hélas, le rêve s’est vite transformé en cauchemar. On ne voyait ni mon dynamisme, ni ma créativité.  Bien au contraire, on a tenté de les étouffer. Ce sont pourtant les deux mots qui reviennent le plus dans mon milieu lorsqu’on parle de moi. Dur coup à absorber. Puis est venue l’incapacité (au terme de ma définition), à courir vite. Ben voyons? Pourquoi je ne réussi pas? La réponse est venue, frappante et indéniable: j’avais perdu le plaisir…

L’excès, bien utilisé, mène au dépassement, à la continuité. Mais l’élément moteur doit y être associé: le plaisir! C’est lui qui assure la persévérance. Facile à dire, moins facile à mettre en place. J’ai pourtant posé des gestes comme réviser mes objectifs en conformité avec ce que je suis, ce que j’aime, mais j’ai aussi OSÉ enlever la fonction qui permet de me dire dans l’oreille à quelle vitesse je cours. Magie: mes entraînements redeviennent agréables: quelle ivresse!

Posez les gestes nécessaires pour retrouver le plaisir. Vous verrez, c’est autrement plus amusant! Osez le plaisir…!

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