« Qualité d’une personne fière, digne et noble. Sentiment élevé de sa propre valeur, prétention. » Même le dictionnaire semble admettre la mince ligne rouge entre le fait d’exprimer sa fierté et celui de se donner en spectacle en se trouvant de qualité supérieure. Comment s’y retrouver si même notre latin n’y parvient pas? Côté dictionnaire Québécois, il semblerait que « péter d’la broue » réfèrerait à une « personne qui raconte des menteries pour paraître mieux ». Si j’effectue une simple comparaison, où toute question rhétorique serait exclue, il me semble tout de même devoir creuser une tranchée assez profonde pour relier les deux termes, sur papier du moins. Parce que dans la vie de tous les jours, il peut exister une solide confusion entre les deux expressions. À mon sens, être fier représente le côté lumineux, alors que la « broue » semble appartenir au côté sombre. Non?

Alors pourquoi sommes-nous souvent si gênés d’exprimer nos petites victoires? Il m’arrive souvent de me retenir, de banaliser même les « bravos » reçus des autres, question de ne pas sembler la pire « péteuse de bretelle » du monde. Non mais personne ne souhaite réellement personnifier cette expression. La nature intrinsèque de l’expression de sa fierté implique un départ de soi, en vue d’une arrivée toute autant pour soi. Alors pourquoi tant de jugements scandants la prétention si la base de l’objectif se réfère à soi-même?

Il faut dire que ça dérange parfois. On m’a déjà mentionné que c’était très prétentieux d’écrire un nombre de kilomètres courus, avec le temps de réalisation associé. Depuis ce commentaire, jamais plus je n’ai osé réécrire quoi que ce soit quant au minutage affiché sur ma montre. Ben voyons, je n’ai jamais voulu « péter de la broue« , mais bien simplement exprimer ma fierté, ma progression. Celle que je trouvais relativement rapide au tout début de mes prouesses sportives sur bitume. Pourtant maintenant, je sais que ces précieuses secondes gagnées n’avaient rien d’extraordinaire. Elles ne dérangeaient que ceux ou celles qui n’osaient pas se lever de leur divan, ou n’arrivaient pas à en faire autant. Je suis SOUVENT celle qui n’arrive pas à en faire autant. Surtout à la course. Un ami me disait un jour (bonjour Stéphane S!) qu’il y aurait toujours quelqu’un pour courir plus vite, plus loin et plus souvent que moi. Quelle sage affirmation! À chacun ses capacités.

Bien sûr, j’aimerais courir sous ma barre de temps psychologique plus souvent (notez que je ne m’exprime pas en chiffre; trop peur de « péter plus haut que le trou« ). Mais je sais désormais qu’exiger de moi de telles prouesses ne font qu’augmenter mon sentiment d’inefficacité personnelle. Les apprentissages prennent parfois plusieurs mois à s’ancrer dans mon cerveau. Mais une fois qu’ils y sont incrustés et assumés, j’arrive non seulement à exprimer ma limite, mais aussi à reconnaître ceux et celles qui réalisent les exploits qui, à mon sens, représentent le summum. Comme les coureurs qui franchissent la ligne d’arrivée d’un 42,2 km…

Se comparer pour se motiver est une chose. Se comparer pour se dévaloriser en est une autre. Mais surtout, critiquer par envie ou par jalousie ne fait que créer de l’animosité. Chaque personne qui ose se lever, enfiler une tenue de sport et sortir bouger mérite des encouragements. Jamais de se faire dire qu’elle « pète de la broue » en tentant le plus humainement possible d’exprimer sa fierté

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Il y a une réalité qui m’est propre: je n’arriverai JAMAIS à courir à ce rythme effréné dont je rêve. Bien qu’un entraînement intensif 5 jours par semaine pendant 5 mois a vraiment su m’aider à courir mieux, plus longtemps et UN PEU plus vite, je ne serai jamais Turbo l’escargot, sous les effets prodigieux de la substance miracle. Je ressemblerai plutôt toujours au naturel de Turbo l’escargot… Mais comme lui, je passerai toujours plusieurs heures par semaine à tenter de m’améliorer. Je suis fière de cette persévérance qui m’habite.

Je pense à toutes celles qui, aujourd’hui, hésiteront à exprimer leur temps lors du mythique marathon de Montréal… Je pense à toutes celles qui oseront proclamer leur fierté en chiffre… Soyons fières, soyons droites et osons lever nos verres aux différents succès. Qu’ils appartiennent à la classe culinaire ou sportive. Tant qu’ils se moulent à la catégorie de succès que nous souhaitons partager. S’affirmer est une chose. Afficher notre fierté en est une autre! Comment être (fière), sans paraître (péter de la broue)? Comment exprimer, sans avoir l’impression d’avoir l’air fraîchier? La liberté des uns se termine là où celle de l’autre se commence. Le mieux reste tout de même encore d’exprimer notre fierté puisque si certaines en seront écorchées, la plupart en seront motivées et inspirées. Femmes dans les sports, continuons d’insister!

Hier, j’ai osé affirmer à haute voix ma fierté personnelle dans le gym. J’étais gênée de le faire, mais mon désir à dépassé ma peur. De toute façon, la joie sur mon visage devait se percevoir depuis Boucherville… Quand le programme dit 16 répétitions mais que tu arrives à en faire 21 et qu’en prime, tu as encore du jus, que tu pourrais en faire plus… L’excessive que je suis était fière et l’a exprimé! J’ai bien failli même signaler mon exploit par texto à quelques intimes. Je me suis calmée, pour me garder une petite gêne. Mais j’ai tout de même exprimé ma fierté à haute-voix. Sans toutefois, je l’espère, « péter de la broue »

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