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C’était un soir de semaine comme les autres. Vous savez, un de ceux où on arrive tard, que le conjoint a commencé plus tôt que prévu et est arrivé plus tard que prévu, qu’il manquait le brocoli pour faire le bœuf au brocoli, que le plus vieux devait pratiquer son exposé oral et que le plus jeune avait UNE AUTRE face de « baboune » à signer dans l’agenda… Vous y êtes? Oui, c’était un de ceux-là…

Une fois l’homme arrivé et la marmaille à la douche, une seule envie me taraudait l’intérieur des neurones: courir. Non pas celle de la vie, mais celle de MA vie. Un magnifique tapis roulant me faisait de l’œil… Il me parlait, de son coin douillet au sous-sol. Il me susurrait de jolis mots doux à travers les assiettes à finir de laver… J’ai succombé: aucune forme de ténacité possible lorsqu’il est question de me « laver le cerveau », de le mettre à « off » le temps d’une course… J’ai donc enfilé les vêtements adaptés et j’ai sauté sur l’objet de mon désir à rouleau…

Une minute, deux minutes, trois minutes… Ahhhhh! La musique embrume mes oreilles, je me referme sur mon monde intérieur tranquillement, j’accueille la vague de calme qui va bien vouloir s’installer tranquillement, bientôt, à son rythme. « Val, Abbie est curieuse, c’est la première fois qu’elle entend ce bruit. Je voulais juste le lui faire entendre. » Abbie, c’est le chien! Mon conjoint semble investi d’une mission paternelle renouvelée: éduquer notre chien. Grand bien lui fasse, merci chéri, ce chien, c’est ton dada… Je perds le fil de la vague; je remets mon écouteur tant bien que mal en me disant que le dérangement était pour une bonne cause. La prochaine fois, le chien ne serait pas si aux aguets, il saurait…

« Val, Zack veut avoir son livre de naissance. Il est tard pas mal, non? » Enlève encore une fois l’écouteur… Pour mieux négocier l’approche à adopter. « Ma belette, il est un peu tard. Je te propose de descendre ton livre de naissance, mais de le regarder demain avec toi. Ça te va? » Visiblement la réponse est non, mais il accepte tout de même ma proposition. Re-replace l’écouteur, grimpe le volume puisque MA chanson de motivation numéro 1 débute. Go, go, go, grimpe aussi la vitesse du tapis, on part les intervalles!

« Maman, tu cours? Pourquoi sur le tapis, pourquoi pas dehors? » Ggrrrrrrrrr… Mais où est passée cette dose de paix intérieure qui s’annonçait pourtant avec une telle véhémence et que j’étais prête à recevoir avec tant de gratitude? « Je cours sur le tapis parce que… Parce que… Parce que je suis paresseuse. » « Mais pourtant tu cours, tu n’es pas paresseuse? » « … » Monsieur huit ans veut des réponses… « Je cours sur le tapis parce que dehors c’est plus frais, je n’aime pas sortir et avoir froid, alors je profite de mon tapis. » « Ok, je vais lire en attendant mon bisou de bonne nuit. » Oui chéri, il arrivera ce bisou, mais laisse-moi sortir ma dose s’il-te-plaît!!!

« Val, c’est correct si les gars lisent un peu? Il est un peu tard, mais ça leur fera du bien un peu de calme avant de dormir… » À Go, je pleure… Je veux juste courir, j’ai BESOIN de me libérer le cerveau… « Oui, c’est correct!!! » Re-re-re-re-replace mon écouteur… espère enfin le calme… anticipe encore une demande qui ne peut vraisemblablement pas attendre… écoute le relatif silence autour… Rien ne vient. Serait-ce enfin le moment d’extase tant attendu? Pourrais-je enfin profiter de la béatitude neuronale tant souhaitée? Je prends donc la chance de m’y remettre: recommence la chanson qui me propulse à chaque fois, remonte le volume, remet l’esprit enligné avec les intervalles et laisse la magie opérer! Enfin et finalement; mes jambes ont mangé la distance voulue.

Pourtant, personne ne veut mal faire. Je ne suis qu’une maman, le pilier de l’horaire, l’agenda familial, l’organisation de la maison… Mais après analyse, je me rends compte d’un élément crucial, primordial : J’AI instauré la routine, J’AI organisé la maisonnée, J’AI pris en charge l’organisation. Normal d’être la référence. Alors qui puis-je blâmer, autre que moi-même, pour toutes ces interventions «envahissantes»… Si je laissais un peu ventiler l’horaire, peut-être pourrais-je obtenir en «garantie» un peu plus de liberté? Je devrais peut-être piger dans ce bol, en-dessous… Vous, vous souhaiteriez un morceau de quoi?

morceaux chocolat

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