Mortifiée, terrifiée, paralysée. Je ne pourrais mieux décrire le sentiment intérieur qui me ronge. Plus le moment approche, plus j’angoisse. J’ai pourtant pris la décision de m’inscrire. Je VEUX le faire, me dépasser. J’aimerais tellement me trouver bonne… Mais j’ai la trouille, une barre d’incapacité, de doute, me déchire le ventre. J’ai les entrailles à découvert…

La PRISONBREAK RACE 2015, c’est demain.

Je suis inscrite depuis janvier, comme une vingtaine d’autres personnes du gym que je fréquente. « Val, cette année, tu viens avec nous »? Pfff! Ce n’est que 7.5 km. J’ai fait bien pire (ou mieux; quelle expression conviendrait-il d’utiliser?) l’an dernier. Je suis capable! Mais il y a un hic. Un grand hic. Un immense, gigantesque, titanesque hic!

L’eau.

Les obstacles dans l’eau. Ceux, plus précisément, où on doit se « garocher » dans l’eau. Moi, la grande dure, la forte, la maîtresse même de la performance, j’ai peur de l’eau. Non, c’est beaucoup plus que ça. C’est une phobie, une hantise, une épée de damoclès au dessus de ma tête.

lLa « bouette », les barbelés, le feu, emmenez-en! Obstacles en force musculaires, en hauteur; je n’ai pas peur! Mais l’eau… Y’en a combien d’obstacles dans l’eau?

Je compulse en regardant toutes les vidéos que je peux trouver sur le web. Facebook, you tube, vimeo, tout y passe. Je compte, j’observe, je décortique. Mais surtout, j’angoisse. La peur augmente d’une simple pression du doigt, à chaque petit clique. Quels sont les obstacles à franchir? Je me mets à évaluer: ça je peux le faire, ça aussi, ça pas certaine, ça assurément NON! Erreur, grande erreur, grave erreur…

Je rumine en silence. Parfois, le silence sonne fort! Je discute beaucoup avec le coach qui tente tant bien que mal de m’apaiser. Rien à faire. Mon conjoint essaie aussi de me rassurer. « Ce sera une belle façon de vaincre ta peur, Val. » Non, tu ne comprends pas. Je suis pétrifiée! À croire qu’Harry Potter est en train de prononcer « stupefix » en me pointant de sa baguette magique. Je tente de visualiser. Je me vois dans l’eau le visage souriant. Je respire. Je fais entrer des petits bonhommes sourires dans mes veines. J’essaie, j’essaie vraiment. Rien à faire. Je suis glacée, médusée, pantoise. Je préfèrerais me coincer un pied dans un piège à renard. Non, à ours, c’est plus gros! (Gag cinématographique pour les plus de trente ans…)

La PRISONBREAK RACE 2015, c’est demain…

Certains écriraient: « la PRISONBREAK c’est demain! Yeah! » Moi, en suspension à côté de mon affirmation, se trouvent 3 petits points. 3 petits points qui en ont long à dire. Ils ont « la chienne »!

« Sage » coach me dit que je pourrais me fixer comme objectif de faire un obstacle dans l’eau. Je ne suis pas obligée de tous les faire. Je peux faire des « burpees » si je choisis de passer outre. Hey, coach aussi compétitif que moi (probablement même plus!), tu sais très bien que je ne peux me résoudre à ne réaliser que si peu. Notez bien, ce « si peu » appartient à un esprit excessif, jamais satisfait de rien… On fait la course ou on ne la fait pas!

12 juillet, 8h30, l’équipe se retrouve au gym. J’ai même réussi à traîner mon conjoint à cette course! Jamais été aussi heureuse de le voir à mes côtés! Pourtant, je ne suis ni collée à lui, ni à proximité. C’est bien moi ça… Savoir qu’il y est est suffisant. Pas question de démasquer moi-même ma faiblesse! Je retrouve des sourires enjoués, forcés, angoissés… Oufff, c’est donc à dire qu’il y en a d’autres comme moi? Je parle finalement ouvertement de ma hantise. J’ai peur, c’est assumé. Totalement. Parfois la meilleure défense est l’attaque! Je mets aussi en place un autre mécanisme de défense qui m’est cher: la clownerie! Je possède très bien cet art… L’ambiance est pourtant à la fête. Arriver à Rawdon en autobus jaune, un dimanche matin, c’est quand même drôle! D’autant plus qu’il sera difficile de nous manquer. Avec nos camisoles FXV Performances (ou robe courte dans mon cas tant la mienne est grande!) tous nous croiront être les cousins de « Grosse douceur ». Je vous laisse en deviner la couleur. (Encore un gag qui laisse transparaître mon âge…)

On procède aux inscriptions, à l’installation des puces, des dossards, de nos ceintures de « flag » et au marquage. La tradition l’exige, nos corps sont « tatoués » de nos numéros au feutre noir. Mon bras droit arbore donc fièrement le 4827. Puis, c’est l’heure. Les sirène retentissent, les esprits s’échauffent, tout comme nos corps. De ma vague, je pars bonne dernière. Mais je ne pense plus à rien. Focus sur le moment: cours Forest! (Encore un gag de film?!?)

Grimpe le ballot de foin (merci chéri, c’était haut pour moi…), saute la clôture, monte sur le capot des voitures, attrape la corde, grimpe le mûr, rampe dans la boue, passe sous les barbelés. Tout va bien. Je suis meilleure que je pensais! 1-0 pour moi! Han! Prrrrra!

Je sens pourtant que c’est pour bientôt. La « swompe » est à côté… Focus Val. Contrôle ta respiration, il fait 35 degrés, tu cours en montagne, tu n’es pas habituée à ces conditions.

Saute le trampoline, agrippe les barreaux, longe le muret sur une petite poutre, monte, longe… Ah, tiens, une échelle. À quoi elle peut bien servir? Elle est à gauche l’échelle. Pourtant, tout le monde tourne le coin du mur par la droite. Bizarre. Puis, je tourne le mur moi aussi. Slack! On y est! Je suis nichée sur un promontoire, au-dessus d’un gros bassin d’eau artificiel, créé expressément pour l’occasion. Je vais devoir sauter à l’eau, dans ce trou béant aux allures douteuses… À l’entrée de la course, on nous a par contre bien spécifié que la profondeur d’eau maximale sur le parcours est de 4 pieds. Alors diantre pourquoi cette pancarte « deep water »? Bah… C’est pour le show, sans doute. Non? Je suis relativement rassurée. Je me répète ma tactique: je vais toucher le fond du bassin pour m’aider à me propulser vers le haut, dans ce grand élan. J’en sortirai vite et bien. Ça ira. Mais j’ai tellement peur… Je suis si paniquée que… je pleure! Surpris? Bin oui, je vous avais pourtant bien spécifié que ce n’était pas une peur ordinaire. C’est une phobie atroce et viscérale! Je tente de me contrôler. Peine perdue, mes yeux crient mon angoisse. Puis, ces mêmes yeux croisent ceux du coach, en bas. Oh… Il vient de comprendre combien c’est gros ma folie! Enweye tite fille en avant! Saute, que je saute! Je prends une grande inspiration, je me bouche le nez… je saute!

Mon coeur reste sur la planche, là-haut. Je tooooooombe! J’atterris enfin dans l’eau après ce qui me semble durer 10 minutes (excessivité à peine exagérée…!) Ihhhhhhhhh! Je ne touche pas le fond!!! C’est un abîme qu’ils ont voulu recréer ou quoi? Panique, comment je vais remonter? C’est que, j’avais une stratégie moi! Je ne sais plus quoi faire. Double panique. En deux secondes à peine, je souffle tout l’air de mes poumons par le nez. Pas question que l’eau entre par mes narines!!! Je fais n’importe quel mouvement dans l’eau. N’importe quoi pour sortir d’ici. Triple panique. Tellement que… Stupidité l’exige, je respire, par le nez! Youhou? Té pas un poisson la grande! Pouark! Ça goûte salé… Je ne veux pas ouvrir les yeux. Remonte, mais remonte! Agite les bras, remue les pieds, tu y arriveras. Si t’y crois, ça passera! (Gag tiré d’une vidéo sur le web cette fois!)

J’ai pourtant bien fini par remonter. En proie à une panique généralisée, additionnée à une respiration saccadée et hautement superficielle, je nage. Je nage vers la sortie du bassin d’eau. On me fait des « thumps up », on me félicite. Pourtant tout ce que je cherche, ce sont les bras de mon amoureux. Ceux qui savent réconforter, qui savent combien cette minute de ma vie a pu m’être pénible à traverser. Ma tête se love tout près de la sienne… Tant pis pour les apparences, j’expose ouvertement ma vulnérabilité.

J’ai expié une quantité phénoménale d’énergie depuis le début de la course, simplement en anticipant ce qui s’en venait. La réflexion est parfois un véritable venin. C’est ce qui nous fait amplifier une réalité, nous empêche de savourer l’instant présent, tant on s’agglutine à l’exagération de notre imagination. La peur paralyse. L’analyse excessive nous fait surestimer la réalité. L’esprit divague, dérive… Sachons tirer de la réflexion la sagesse de dédramatiser, apprenons à extirper de la peur la motivation pour foncer!

Je suis fière de cet accomplissement, mais avec la maladie qui m’est propre, je vais inévitablement y ajouter un mais! Donc voici: mais les obstacles étaient faciles, j’étais souvent la petite dernière du clan mauve, j’ai marché des bouts, l’an passé l’équipe a en a fait trois fois plus, il n’y avait que cet obstacle qui m’était difficile, ce n’était qu’une minute de ma vie… Je vais trouver toutes les excuses inimaginables pour minimiser cette réussite. Minimiser, question de ne pas transpirer la fierté, pour être humble, pour être certaine de ne pas avoir l’égo débordant d’enthousiasme au point d’exaspérer autrui…

Vous vous souvenez, j’ai parlé d’une échelle plus haut. L’échelle que j’ai vu juste avant de tourner le coin où les Warriors que nous étions, devaient jouer au pirate et marcher sur la planche avant de sauter. Vous aurez sans doute saisi à quoi pouvait bien servir cet appareillage. Moi, je n’ai compris que dans l’autobus, au retour, en revivant mon grand saut intérieurement. L’échelle, c’était la sortie de secours pour ceux qui trouvaient l’épée de damoclès trop lourde à porter… J’aurais donc pu descendre et refuser de sauter. Mais l’idée d’abandonner n’a même parcouru la distance nécessaire entre deux neurones pour germer dans mon cortex. Je voulais faire TOUS les obstacles. Pour pouvoir affirmer que j’avais réussi la course, tout devait être franchi convenablement (l’excessivité se tapit parfois, mais demeure toujours bien présente). Le sentiment d’accomplissement était cher à mon tableau d’émulation personnel. Mais (remarquez, encore un « mais »…) j’avais tellement le focus sur le moment présent (fait immensément rarissime lorsqu’on me connaît) que l’idée d’abandonner n’a même parcouru la distance nécessaire entre deux neurones pour germer dans mon cortex. Et si la peur aidait à se propulser et gagner ensuite en fierté, en accomplissement? Par la peur, j’ai réussi à expérimenter le moment présent? Le chemin est donc désormais ouvert. À moi de le retrouver plus souvent. Mais ne dit-on pas que tous les chemins mènent à Rome? Peut-être que la peur n’est pas la seule fissure, l’unique voie pour y parvenir…

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