Je plaide coupable. Coupable parce que je suis. Un certain René Descartes a déjà stipulé que puisqu’il pensait, alors il était. Coupable. Il l’est aussi! Coupable de penser, d’agir, de réfléchir, d’exécuter… D’être. Alors en ces termes, qui niera sa culpabilité?

Coupable: je réfléchis trop. Je gagnerais une course contre un hamster dans sa roulette. Les différentes connexions dans mon cerveau fusent plus vite que ce que ma bouche semble pouvoir s’exprimer. Je passe donc souvent pour la cinglée, incapable de suivre sa propre idée. Mes synapses demandent à s’affirmer à tout moment, font des liens sur tout, se posent des questions semblant parfois candide, mais ô combien réfléchies et exigent des réponses à la même vitesse que leur parviennent les demandes. Il y a pourtant bien des liens positifs avec ce type de pensée. Je passe vite d’un état d’esprit à un autre, mes émotions suivant le rythme de mes pensées. Je suis vite excitée par une nouvelle idée, vite lasse d’exécuter la même routine.

Coupable: j’ai tout de même trouvé l’équilibre sportif grâce à ce côté impulsif de ma personnalité. Mes entraînements sont variés, stimulants et différents. De plus, MON gym (oui, j’ai une relation affective avec cet endroit) s’assure que je ne m’ennuie jamais. Aux quatre semaines, mon coach refait mon programme d’entraînement. Les idées ne manquent pas pour me faire grandir, me faire peur, me faire douter, mais pour finir à coup sûr par me faire réaliser qu’une fois de plus, je me serai dépassée.

Coupable: de découvrir que ce plaisir, cette insécurité de départ, se transforme et évolue à chaque fois. Lorsque je décide (enfin) d’ouvrir les yeux, je peux voir la progression, l’apprentissage, la victoire sur moi-même. J’ai besoin de me dépasser, de découvrir tout ce que j’arrive à faire, à soulever, à manipuler. Quel magnifique état d’esprit que celui de ressentir l’ivresse de la réussite…

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Coupable: de tenter de faire vivre ce positivisme à mes enfants. Oui, ma progéniture masculine au carré vient parfois avec moi au gym. Non, ils ne demeurent pas à la halte-garderie (inexistante). Le terrain de jeu, c’est le contenu de la caverne d’Ali Baba en elle-même. Que cela plaise ou non à la masse populaire, oui, je tente le plus possible de faire vivre différents succès sportifs à ma marmaille. Elle se chargera elle-même de répéter ces émotions positives vécues lors de différents essais, plus tard. Gageons que les différents circuits neurologiques de leur cortex sauront retrouver le chemin du bonheur et l’associer au mot persévérance et ce, dans différentes sphères de leur existence.

Coupable: de vivre certaines émotions envahissantes. Je doute toujours de moi. N’ayant, à la base, aucun souvenir associé positivement au sport (je n’ai jamais demandé à en pratiquer dans ma jeunesse), je ne possède intrinsèquement aucune confiance sportive. Peut-être est-ce l’ingrédient de la recette qui me fait avancer, en ce sens où je ne prends aucun exercice pour acquis? Je ne prends jamais rien de haut. J’ai peur de tout au départ. Peut-être est-ce par contre également l’élément du mélange qui me fait progresser plus lentement, puisque je ne sais jamais ni reconnaître, ni penser, à la base, que je réussirai… C’est exactement cette confiance sportive que je tente de faire germer dans la tête de mes deux minis, en les emmenant s’amuser au « parc pour tous les âges » avec moi.

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Coupable: d’essayer de bâtir ma confiance sportive sur le tard, mais de toujours persévérer. Aussi, d’être le changement que je voudrais voir incarné chez l’autre, de servir d’exemple à ma famille, d’inspirer le changement… Il m’arrive parfois tout de même de rater mon coup, de me sentir vaguement coupable de manger du pain, du riz, des patates, du dessert, de boire du vin… Mais surtout, je me rends coupable d’éprouver et de ressentir du plaisir dans ces moments. Coupable d’être un humain qui aime avoir du fun. Coupable d’avoir la capacité de relativiser. Rater son coup, avouer sa culpabilité, c’est une façon de l’expier de notre vie, la culpabilité. Le quotidien goûte bien meilleur une fois ce lourd principe incarcéré derrière d’infranchissables barreaux de fer, jamais plus atteignables. Exit la culpabilité! Alors en ces termes, plaidez-vous aussi « coupable »?

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